Livre après livre

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vendredi 29 janvier 2016

Le pape et Mussolini de David Kertzer


En Italie, après la Première Guerre mondiale, le pape Pie XI et Benito Mussolini lient leur destin en scellant un pacte qui infléchira l'histoire de l'Italie et de l'Eglise catholique romaine.

Avant les accords du Latran, Pie XI et Mussolini étaient dans une position impossible. La suppression des Etats pontificaux avait entraîné une rupture entre l'Italie catholique et l'Italie politique, le pape n'avait plus de périmètre et se considérait comme prisonnier du Vatican, et face à un pays majoritairement catholique Mussolini ne pouvait se passer de l'Eglise pour accéder au pouvoir.

Intelligent, volontaire et atrabilaire, le nouveau pape élu en 1922 est un érudit qui analyse et comprend les choses mais ne les formule pas. Un élément qui lui évite d'être prisonnier d'une doctrine qu'il aurait prononcée et lui permet de réfléchir de manière indépendante. Ce grand sportif autoritaire, très investi dans sa mission de pape, veut redonner à l'Eglise catholique l'influence qui a été la sienne par le passé, une volonté qui va conduire à la signature des accords du Latran.

Un traité qui aura pour conséquence de permettre au régime fasciste de prendre le pouvoir et de le garder avec à sa tête Mussolini. Un homme dominateur, toujours convaincu d'avoir raison, sensible à son image mais pas aux convenances du moment, qui, passant du socialisme à l'extrême droite, d'une femme à une autre, d'une maîtresse juive aux lois raciales, a compris l'intérêt qu'il existe à s'appuyer sur l'Eglise pour réaliser son désir de grandeur de l'Italie.

Mais les choses ne se passeront pas dans la sérénité, Mussolini n'aura de cesse de violer le Concordat signé avec le pape qui regimbera, surtout après l'adoption des lois raciales calquées sur celles des nazis. Seule la mort libérera le Saint-Père de ce pacte avec le diable.

Un épisode de l'Histoire passionnant, remarquablement restitué par l'historien David Kertzer qui s'est attaché à la personnalité des hommes plus qu'aux événements eux-mêmes. Un travail original couronné par le prix Pulitzer, pour lequel l'auteur a consacré sept ans de sa vie à compulser des milliers de documents après l'ouverture des archives du Vatican.

lundi 21 décembre 2015

Mitterrand, un jeune homme de droite de Philippe Richelle




Cette fiction historique au titre un brin provocateur de " Mitterrand, un jeune homme de droite ", retrace dix ans de la vie de l’ancien président de la République, de ses années de formation à la faculté de droit d’Assas à son engagement dans la Résistance à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Contrairement à ce que son titre aurait pu faire supposer, le scénariste belge de cette bande dessinée ne met dans ce portrait aucun parti pris et c’est ce qui la rend vraiment intéressante. Le personnage est présenté comme intelligent et autonome, un esprit ouvert et curieux qui comprend la société.

Mais aussi un homme dont la pensée est indépendante de ses actes, une ambiguïté qui peut expliquer beaucoup de ses actions, notamment ses engagements auprès d’hommes de la droite extrême et du régime de Vichy et par la suite son émergence en tant que le leader socialiste.

Merci à Babelio et aux Editions Rue de Sèvres pour cette enrichissante lecture.

vendredi 18 décembre 2015

Les Grand-mères de Doris Lessing




Des grand-mères indignes diront les bien-pensants, des femmes libres affirmeront les esprits ouverts. En réalité ni l’un ni l’autre, car si les deux amies Roz et Lil sont plutôt des femmes égoïstes, se souciant de leurs belles-filles comme d’une guigne, assumant sans complexe les relations sexuelles qu’elles ont avec le fils l’une de l’autre, elles sont amoureuses. Des histoires d’amour, forcément sans avenir, auxquelles il faudra bien qu'elles donnent une fin.

Avec ce sujet sur les relations de femmes mûres avec des hommes jeunes, Doris Lessing inverse une situation largement admise dans les sociétés patriarcales et pointe l’injustice faite aux femmes. Sans faire de ses héroïnes des femmes sympathiques, elle les soumet implicitement à notre jugement moral pour que nous le remettions éventuellement en cause.

Une belle démonstration sur l’inégalité des hommes et des femmes qui souffre probablement de sa brièveté et de sa forme pour être tout à fait séduisante.

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka



Pearl Harbour venait d’arriver, du jour au lendemain ils ont tous disparu, peu à peu leurs maisons vides ont été occupées par d'autres, des Américains.

Certains ont dit que ces traîtres de Japonais avaient été déportés dans le désert du Nevada ou de l’Utah, peu importe, ils n’étaient plus dans les champs, plus dans le village, plus nulle part. Plus de trace des hommes ni de leurs femmes qu’ils avaient fait venir du Japon. Des épouses, choisies sur photos, désillusionnées dès la première nuit avec eux, qui partageaient leur misère et les durs travaux des champs, fatiguées par la naissance d’enfants qui les renieraient plus tard.

Julie Osaka a choisi de raconter l’histoire de ces femmes, qui est celle de sa grand-mère, collectivement. Rassemblant leur voix dans un nous qui s’élève pour dire le sort qui a été le leur. Un chant triste, incantatoire et pénétrant qu'on ne peut oublier.

lundi 7 décembre 2015

La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker



La seule vérité de La vérité sur l'affaire Harry Quebert est que ce roman, primé par des académiciens et des lycéens (les seconds sont pardonnables pas les premiers), est un succès commercial à défaut d’une réussite littéraire. L’un n’impliquant pas l’autre et vice versa.

Ce qui me conduit à saluer le professionnalisme de ses marketeurs qui ont su faire d’un livre mal écrit à l’histoire indigente, un objet vendu à des milliers d’exemplaires, autrement dit un best-seller. La littérature n’ayant bien entendu rien à voir dans cette affaire… de commerce.

Naissance d'un pont de Maylis de Kerangal


Avec cette visite d'un chantier titanesque Maylis de Kerangal nous donne l'occasion de découvrir un monde concentré sur des éléments techniques et humains, un univers fermé régi par ses propres lois et codes, une entité qui cesse d'exister à l'achèvement des travaux.

Un sujet qui peut sembler austère mais rendu attrayant par cette fille, petite-fille et épouse de capitaines au long cours, qui a été élevée à l'ombre du pont du Havre et entend faire la critique d'une société qui laisse libre cours à la mégalomanie de quelques-uns pour leur seul profit.

Un roman esthétique où l'auteur met en avant la symbolique d'un chantier, une entreprise humaine qui mobilise toute la force de celui ou ceux qui y travaillent pour aboutir à une réalisation aux conséquences parfois aléatoires.

Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata


Passer la nuit à regarder une jeune fille endormie, repenser à une vie désormais derrière soi, aux femmes aimées, filles, maitresses ou mère, à la mort, c'est ce que le vieil Eguchi, lucide et sans tristesse, fait depuis qu'il a découvert la maison des belles endormies.

Car ces adolescentes, rendues inconscientes par l'effet d'un sédatif, livrées aux regards d'hommes âgés, sont des sujets d'admiration propres à la méditation. Une réflexion, quelquefois teintée d'érotisme, induite par la contemplation de leur jeunesse et de leur beauté qui leur permet, tel l'acte d'amour, sans oublier la finitude humaine, de prolonger la vie.